Dans un contexte de crise sécuritaire persistante, Haïti renforce ses capacités militaires en envoyant 150 soldats au Mexique pour une formation spécialisée. Cette initiative marque une étape majeure dans la relance des Forces Armées d’Haïti (FAd’H), longtemps restées en sommeil, et répond à l’urgence d’un pays où les groupes armés contrôlent désormais plus de 70 % du territoire urbain de la capitale.

Une formation adaptée à la réalité haïtienne

Les soldats sélectionnés suivent une formation intensive à l’Académie militaire de l’armée mexicaine, incluant :

Selon les sources officielles, le programme a été conçu en tenant compte de la complexité du terrain haïtien, où la frontière entre civils, gangs et groupes armés est parfois floue.

Une armée en renaissance

Dissoute en 1995 après des décennies de dictature militaire, les FAd’H ont été réactivées progressivement depuis 2017. Mais le corps militaire reste encore embryonnaire, avec peu d’équipements modernes et un encadrement limité.

Ce nouveau contingent, composé de jeunes volontaires âgés de 20 à 35 ans, est le deuxième groupe envoyé à l’étranger après celui formé en Équateur en 2023. À terme, les autorités visent une force active de 700 soldats répartis entre les missions civiles (aide post-catastrophes, logistique) et de sécurité (appui à la Police Nationale).

Coopération régionale inédite

La coopération militaire avec le Mexique s’inscrit dans une stratégie plus large, qui inclut également :

Le ministre haïtien de la Défense par intérim a salué « la solidarité de la région dans un moment où Haïti ne peut faire face seul à la menace croissante des gangs. »

Vers une stratégie de reconquête ?

L’objectif est clair : permettre à l’État haïtien de reprendre progressivement le contrôle du territoire, en soutenant les opérations de la Police Nationale (PNH) avec une force formée, disciplinée, et mieux structurée. Ces soldats ne sont pas destinés à des missions offensives, mais à des appuis logistiques, stratégiques et tactiques, selon le modèle utilisé en Amérique latine.

Les limites et critiques

Plusieurs observateurs restent sceptiques. Certains dénoncent le risque de militarisation sans réforme institutionnelle, ou encore le manque de transparence dans le choix des candidats. D’autres redoutent une nouvelle forme de dépendance vis-à-vis de puissances étrangères, si aucun programme de formation locale ne voit le jour.

Cependant, les défenseurs du projet insistent sur le fait que la solution militaire seule ne suffira pas. Elle doit s’accompagner d’une réforme judiciaire, de programmes sociaux, et de reconquête économique des quartiers abandonnés.